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Exode IX, 1-3 La compagnie sacrifiée

Michel DESECURES

Et le Seigneur parla à Moïse disant : « Parle aux enfants d'Israël et qu'ils retournent et qu'ils campent devant Pi-Hahirot... Et Pharaon dira : les fils d'Israël errent confusément dans le pays ; le désert s'est refermé sur eux... ». Ainsi le Seigneur donne l'ordre à son peuple de se retourner et de faire croire à Pharaon qu'ils sont perdus, paumés, à la dérive ; le piège du désert s'est refermé sur eux. Tout cela pour que Pharaon n'aie qu'une idée : en profiter pour fondre sur eux ; et dans cet acte même, il sera perdu, englouti, lui Pharaon.

Ainsi le peuple d'Israël joue le rôle de la compagnie sacrifiée, typique stratégie militaire ; on fait en sorte que les forces ennemies se portent sur un point précis, permettant aux forces amies d'écraser et de détruire l'adversaire. Il y a bien là un piège, mais Pharaon est enduit en erreur ; ce n'est pas sur le peuple d'Israël que le piège se referme, c'est sur lui, le peuple d'Israël aura servi d'amorce, d'appât.

Survolons ce chapitre XIV ; nous constatons essentiellement 2 éléments :

  • le peuple d'Israël va passer virtuellement par la mort (toutes les vagues de l'océan ont déferlé sur moi...) mais sera sauvé miraculeusement. Dieu sait à quel point pour Israël la mer représentait l'horreur de la mort. Israël passe donc par la mort et la résurrection. Il s'agit là bien évidemment pour nous chrétiens d'une représentation claire du baptême ; le Seigneur se construit son peuple de baptisés.
  • Derrière Pharaon il y a l'Egypte (ou les Egyptiens). Le texte insiste là dessus à plusieurs reprises dans ce chapitre (v.9, 10, 17, 23). La théologie est donc différente ici de celle des chapitres précédents, où les Egyptiens, serviteurs de Pharaon, étaient de fait les victimes de la joute entre le Seigneur et Pharaon : durant les 9 premières plaies, il n'y avait pas combat, mais démonstration de force : le Seigneur fait des merveilles, pour montrer sa puissance aux fils d'Israël et aux Egyptiens (représentant le reste de l'humanité). Dans la 10ème non plus, ici la puissance du Seigneur est écrasante ; Pharaon ne discute pas, il ne peut que s'incliner et renvoie le peuple d'Israël. Les Egyptiens s'associent au peuple d'Israël et aux sacrifices que ceux-ci vont faire, par les cadeaux dont ils chargent le peuple de Dieu (XI 2, XII 36 les Egyptiens ont été délivrés, c'est ainsi la traduction normale du mot natsal).

Mais au chapitre XIV la perspective est toute différente ; elle est eschatologique : il y a 2 armées face à face, le camp des Egyptiens et celui des fils d'Israël ; il faut choisir. Et les Egyptiens ont eu le choix : pensons à l'immense foule mêlée de XII 38. Ceux qui restent, ce sont ceux qui l'ont choisi ; et l'écrasement de Pharaon et des Egyptiens sera total ; ils seront anéantis.

Revenons donc à ce verset 3. Pharaon donc est trompé, il tombe dans le piège. La communauté du Seigneur son fils 1er né (IV 22) sert d'appât. On peut lire ce récit de 2 façons différentes (et complémentaires) :

  • La communauté du Seigneur a donc un rôle à jouer dans le grand combat où Dieu va exterminer les forces du Mal, et un rôle essentiel, un rôle clé. Non pas un rôle très actif, il n'aura pas à combattre lui-même, mais à être là, debout, et marcher (dans les ténèbres de la mort). Ainsi Dieu confie à sa créature une mission. Nous ne sommes pas créés pour être les petits toutous du Seigneur, ses animaux familiers, ses favoris destinés à animer la maison du Père : il nous place au cœur même de la bataille. Voilà qui valorise singulièrement notre vie, notre misère, nos souffrances et nos deuils. Nous sommes en plein combat et notre vie a un sens ; nous avons quelque chose d'important à exécuter. Message extraordinaire d'espérance et d'encouragement.
  • Christ lui-même, son fils bien-aimé, va traverser la même aventure. Lorsqu'il sera entièrement livré, complètement au pouvoir des forces du Mal, c'est à ce moment là que la victoire du Seigneur sera définitive - Et la communauté du Seigneur n'est autre que son corps. Nous participons de sa vie, le Seigneur ne nous voit qu'à travers lui.

Toute une perspective théologique s'ouvre derrière ces quelques mots, ressort de la lecture directe de ce verset XIV 3.

Michel DESECURES, auteur de la présente note, serait très intéressé de savoir :

  • si d'autres lecteurs partagent une telle analyse du texte,
  • si quelques références peuvent être données, montrant que d'autres auteurs, juifs ou chrétiens, ont développé des messages analogues.

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