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Pierre WATREMEZ

Histoire du peuple de Dieu et rédaction de la Bible

Association VIVRE LA BIBLE à Montrouge
Quatrième édition - Janvier 2005

8. La domination romaine (à partir de 64 avant J.-C.)

En 64, Pompée entreprend la conquête de la Palestine ; l’année suivante. il occupe Jérusalem En 39, Hérode le Grand, fils d’un Iduméen et d’une Nabatéenne, obtient de Rome le titre de Roi ; il s’empare de la Palestine, des sources du Jourdain (vers Césarée de Philippe) jusqu’au désert du Nègèv (Beèr-Shèva).

C’est déjà le Nouveau Testament qui commence.

L’événement "Jésus de Nazareth", un homme puissant en paroles et en œuvres, cloué sur la croix par la main des sans-Loi, que Dieu a ressuscité (Actes 2,22-23) va provoquer une relecture de l’Ancien Testament. Des témoins se présentent qui disent JÉSUS VIVANT ; ils retrouvent dans les Écritures l’annonce et la signification de cet événement, et ils proclament en Palestine d’abord, puis dans tout l’empire romain, l’accomplissement des promesses de Dieu.

Nous savons trop peu de choses sur les premières communautés chrétiennes pour préciser les circonstances qui donnèrent naissance aux Livres du Nouveau Testament. Elles étaient formées de Juifs qui reconnaissaient en Jésus le Messie promis par les prophètes. A eux se joignirent, de plus en plus nombreux, des Grecs déjà convertis au Judaïsme. Des problèmes ne manquèrent pas de surgir entre les synagogues juives et les synagogues chrétiennes, puis entre ces dernières, selon qu’elles étaient de langue hébraïque ou de langue grecque. Il y eut des conflits et des persécutions occasionnelles (martyre d’Étienne).

Un certain rabbin, nommé Shaül (dit PAUL), hostile au christianisme, adhère subitement à la foi en Jésus.(vers 35). Il évoque sa conversion dans sa lettre aux Galates, et se montre bientôt missionnaire, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu. Il parcourt l’Asie Mineure et la Grèce en fondateur d’Églises. Il reste en lien avec ces nouvelles communautés chrétiennes par des visites ou à travers des lettres. C’est d’abord grâce à cette correspondance que nous entrevoyons les difficultés et les épreuves que rencontrèrent les chrétiens à partir de la seconde moitié du premier siècle.

La première lettre de Paul fut écrite aux Thessaloniciens en l’an 51, et la dernière, sans doute celle aux Romains, vers l’année 60 - La tradition a attribué à Paul quatorze lettres ; aujourd’hui sept d’entre elles seulement sont reconnues comme "authentiques", les autres ayant été rédigées par des disciples après sa mort. Les lettres authentiques sont :

  • la Première aux Thessaloniciens,
  • la Première aux Corinthiens (55),
  • celle aux Philippiens (56-57),
  • la Seconde aux Corinthiens (57 ?),
  • celle aux Galates (56-57),
  • celle aux Romains,
  • ainsi que la petite lettre à Philémon ( ?).

L’enseignement de Paul concerne aussi bien le contenu de la foi chrétienne que l’attitude pratique des chrétiens. Il montre la place centrale qu’occupent la mort et la résurrection du Christ dans le salut de l’humanité, traite du Baptême et de l’Eucharistie comme du mariage et du célibat ou de l’esclavage. Il répond aux questions qui lui sont posées concernant la venue de Jésus dans sa gloire (Parousie), et la Résurrection des morts, spécialement des chrétiens morts avant la Parousie ; il précise les relations entre chrétiens et juifs à propos de l’observance de la Tôrah, et celles entre chrétiens et païens ; il règle le bon ordre dans les assemblées, se préoccupe de l’aide portée aux autres communautés, en particulier à l’Eglise-mère de Jérusalem, etc...

Les lettres "posthumes" (dites pseudépigraphes) prolongent l’enseignement paulinien en face de situations nouvelles. Ainsi, les Lettres, dites pastorales, Première et Seconde lettres à Timothée et celle à Tite, rappellent aux chefs de communautés leurs devoirs de pasteurs : que leur vie soit exemplaire, qu’ils enseignent la saine doctrine en face des hérésies qui se font jour, qu’ils veillent à la bonne tenue dans les assemblées et au comportement quotidien des diverses catégories de chrétiens. La Première Lettre de Pierre (vers 66) est sans doute un "pseudépigraphe" attribué à Pierre de façon posthume. Elle se présente comme une homélie doctrinale adressée à des chrétiens souffrant pour leur foi, une catéchèse centrée sur la mort et la résurrection du Christ ; tel est le mystère auquel les chrétiens sont appelés à participer. Ils sont les pierres vivantes d’un édifice dont le Christ est la pierre d’angle, race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple de Dieu.

C’est vers la même époque que fut rédigé l’Évangile selon saint Marc, le premier des quatre Évangiles. Paul aussi parle à plusieurs reprises de son Évangile, c’est-à-dire de sa prédication. L’Évangile fut proclamé avant d’être écrit. Il consistait à "relire" les Écritures (Ancien Testament) dans la lumière de l’événement Jésus Christ, mort et ressuscité. C’est alors que l’ÉVANGILE est devenu un genre littéraire consistant en une proclamation de la foi chrétienne sous forme de Vie de Jésus.

L’Évangile selon saint Marc se propose de présenter Jésus : Messie et Fils de Dieu. Il est construit comme une catéchèse baptismale. Jésus, Fils de Dieu, est le Fils de l’Homme selon le livre de Daniel, il est aussi le Serviteur souffrant des poèmes d’Ésaïe (ch. 49 et 52-53). La tradition y voit la transcription de la prédication de Pierre, mais sa théologie est souvent très proche de celle de Paul.

En Palestine, vers 66-67, la situation politique s’était gravement tendue. Le comportement des procurateurs romains, souvent malveillants à l’égard des Juifs, avait encouragé le parti Zélote à multiplier les agressions contre l’occupant. L’empereur Néron confie à Vespasien la charge de rétablir l’ordre. Vespasien commence par soumettre la Galilée. L’année suivante, il entreprend d’encercler Jérusalem, soutenu par les troupes de Titus, son fils, de telle sorte que les insurgés ne contrôlent plus que Jérusalem et ses environs. Ceux-ci, loin de se renforcer, s’affaiblissent, en proie à des dissensions internes. C’est alors que parvient la nouvelle de la mort de Néron (9 juin 68). Vespasien se hâte de gagner Rome laissant à Titus l’achèvement de la guerre contre l’insurrection juive. Le siège de Jérusalem dure trois mois. L’assaut final est donné le 27 août 70. Les vainqueurs se livrèrent au massacre et au pillage ; et le 30, ils incendièrent une partie de la ville, et le feu détruit le Temple.

C’est en ces circonstances, sans doute un peu auparavant, que la communauté judéo-chrétienne chercha refuge à Pella, au nord de la Transjordanie. La destruction de Jérusalem accentuera la distance entre Juifs et chrétiens.

L’auteur de la Lettre de Jude doit être un Juif ; Il se réfère explicitement à la littérature "apocryphe" juive. Il condamne ceux qui mettent en péril la foi, particulièrement en imitant l’immoralité des païens, et ceux qui suscitent des divisions entre chrétiens.

Il est difficile de dater la plupart des Écrits du Nouveau Testament. On placera ici la rédaction de l’Épître aux Hébreux. C’est moins une lettre qu’un traité en forme d’homélie. L’auteur pourrait être un prêtre juif converti à la foi chrétienne. Il montre le Christ roi universel et prêtre éternel. Il oppose le sacerdoce d’Aaron à celui de Jésus "selon l’ordre de Melkhi-çèdèk". Jésus, prêtre sans péché, à la fois prêtre et victime, a offert un unique sacrifice qui supplante tous les sacrifices de l’ancienne Alliance. Intronisé à la droite de Dieu, il est le médiateur de la Nouvelle Alliance, dans laquelle sont effacés tous les péchés.

La lettre aux Colossiens montre le Christ en qui réside la plénitude de la divinité, premier-né de toute la création, Tête d’un Corps qu’est l’Église. Dans l’Épître aux Ephésiens, le Corps du Christ récapitule toute la Création pour constituer l’Homme Nouveau, demeure de Dieu dans l’Esprit. Le mystère de l’union du Christ et de l’Église est signifié dans l’amour du mariage chrétien.

La destruction du temple avait mis fin aux sacrifices offerts chaque jour et, de ce fait, la fonction sacerdotale n’avait plus sa raison d’être. Les prêtres et le parti Sadducéen avaient perdu leur autorité. Le seul culte qui était encore praticable était celui d’une liturgie synagogale, comme on la célébrait depuis des siècles dans la diaspora. Elle était entre les mains du parti Pharisien, où se recrutaient les "Docteurs de la Loi". Le centre de la vie religieuse des Juifs se déplaça de Jérusalem à Jamnia (ou Yavné), dans la plaine côtière au sud de Jaffa. Un nouveau Sanhédrin de 72 Anciens fut constitué - on n’en peut préciser la date exacte (vers 80) -, composé uniquement de Pharisiens.

Il définit la liste des Livres Sacrés et se propose de donner les règles pour l’interprétation de la Tôrah. Il fonctionne aussi comme cour de justice pour les affaires intérieures de la communauté. Le crédit de ce Sanhédrin fut bientôt reconnu par les autorités romaines et admis par les Juifs de la diaspora comme de la Palestine.

Le "synode de Jamnia" accentua la rupture entre Juifs et Chrétiens. L’ensemble des communautés chrétiennes, de langue grecque, avait adopté comme Écritures Saintes le texte de la Septante. Les Pharisiens ne reconnurent plus que "l’inspiration divine" du texte Hébreu. De plus, ils introduisirent dans le texte des Bénédictions, que tout juif doit réciter quotidiennement, une imprécation à l’encontre de certains "déviationnistes", dans laquelle les chrétiens se sentirent visés. De ce fait, ceux-ci se trouvèrent pratiquement exclus de la synagogue juive, rejetés par leurs frères. La rupture était accomplie. Les Livres chrétiens qui seront désormais écrits seront marqués d’un certain anti-judaïsme.

L’Évangile selon Saint Matthieu (vers 85) s’adresse à des judéo-chrétiens et insiste sur l’accomplissement des Écritures en Jésus de Nazareth. C’est lui le Messie annoncé par les prophètes, mais que les Juifs refusent de reconnaître. C’est lui le nouveau Moïse promis par Dieu ; il vient compléter la Tôrah. Ce message doit être proclamé à toutes les nations, selon une conception "paulinienne", plus universaliste que celle des Juifs.

L’Évangile selon saint Luc et le Livre des Actes des Apôtres ont formé à l’origine une œuvre unique. Elle s’adresse à un certain Théophile (aimé ou ami de Dieu), qui n’est peut-être que la personnification des chrétiens d’origine grecque. Elle commence à l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste et se termine lorsque Paul vient d’arriver à Rome, prisonnier, dans l’attente de son procès.

Si dans l’Évangile le personnage principal est assurément Jésus, dans le livre des Actes, c’est Paul. Il semble que ce parallélisme est destiné à justifier les audaces de Paul dans les communautés d’origine grecque en les rapprochant de celles que lui-même avait accomplies. Dans l’Évangile de Luc, Jésus est présenté surtout sous les traits d’un prophète persécuté et mis à mort par les Juifs. Paul proclame la Bonne Nouvelle et, lui aussi, est souvent persécuté par les Juifs, tandis que les Grecs accueillent avec enthousiasme la Parole du Seigneur.

Luc présente sous un jour favorable les autorités romaines, les autorités juives des synagogues étant souvent hostiles. Quand il écrit, la rupture entre chrétiens et juifs est réalisée. Les communautés auxquelles il s’adresse sont composées majoritairement de Grecs.

C’est dans les dernières années du premier siècle qu’est composée l’œuvre johannique, l’Évangile selon saint Jean et les trois Lettres, ainsi que l’Apocalypse.

L’Évangile n’a pas la même structure que les trois premiers. Il se présente comme le Témoignage de Jean et il est le témoignage de la foi d’une communauté chrétienne, foi en Jésus, nouveau Moïse, Messie, Fils de l’homme et Fils de Dieu, Parole Éternelle faite chair pour donner aux hommes la Vie Éternelle. Dans sa mort sur la Croix, il est glorifié par le Père. Il est Seigneur et Dieu.

Le mot Apocalypse évoque en français des événements catastrophiques, un déchaînement de cataclysmes cosmiques ; tel n’est pas le sens du mot grec. Il signifie Révélation. C’est un genre littéraire très répandu dans les écrits juifs des derniers siècles avant l’ère chrétienne. Le langage en est symbolique et exprime en images surréalistes la signification spirituelle de la vie des croyants.

Le rédacteur de l’Apocalypse de Jean - Jean le théologien - se dit "prophète", et Dieu le favorise de visions à travers lesquelles lui est révélé ce qui va bientôt advenir. Ce livre a donné lieu à de multiples interprétations, parfois fantaisistes. En fait, le livre évoque la vie de l’Église dans le monde.

Le texte fait alterner des scènes se déroulant dans le monde terrestre avec des liturgies célestes célébrées devant Celui qui est assis sur le trône et l’Agneau. Les liturgies scandent le déroulement du grand combat des derniers temps, ainsi que l’ont annoncé les prophètes Ésaïe, Ézékiel, Zakharie et Daniel. En effet, un grand combat est engagé contre les puissances du Mal et de la Mort. L’Agneau immolé a acquis la victoire mais elle n’est pas encore manifestée. Le jour se prépare où, dans une création renouvelée, seront célébrées les noces de l’Agneau et de l’humanité. Dieu habitera au milieu des hommes. Lui et l’Agneau régneront pour les éternités d’éternités.

La deuxième lettre aux Thessaloniciens (vers 100) traite de la Parousie dans le style des apocalypses. Elle encourage les chrétiens persécutés à rester fidèles à la Tradition de la foi qu’ils ont reçue. L’Impie sera détruit au Jour où le Seigneur paraîtra dans sa Gloire.

Dernier écrit du Nouveau Testament, la Deuxième Lettre de Pierre (vers 125) se présente comme le testament de l’apôtre Syméon Pierre. Elle aussi est un enseignement sur la Parousie du Seigneur, appuyé sur le témoignage de ceux qui ont vu. Elle condamne violemment les faux-docteurs qui introduisent des hérésies, entraînent à la débauche sexuelle et à la cupidité. Le rédacteur fait appel aux récits de la Genèse sur les Anges pécheurs, le Déluge, Sodome et Gomorrhe. Il évoque le mage Balaam du livre des Nombres. Ses récits sont amplifiées à la manière des apocalypses juives. La lettre ne s’achève pas par une formule épistolaire mais par une doxologie :

Vous donc, bien-aimés, qui êtes prévenus, soyez sur vos gardes ; ne vous laissez pas entraîner par les impies qui s’égarent et ne vous laissez pas arracher à votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

A lui la gloire et maintenant
et jusqu’au jour d’éternité.

Pierre Watremez, bibliste

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