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Pierre WATREMEZ

Sept clés pour lire la Bible

Sept clés pour lire la Bible

La BIBLE n’est pas un livre ésotérique. Pourtant, elle ne livre pas la richesse de son enseignement à une lecture rapide. Ceci vaut d’autant plus quand il s’agit d’un récit. Le lecteur en reste souvent à l’histoire racontée sans percevoir l’intention didactique du rédacteur. Pour surmonter cette difficulté, on pourrait dire "ce piège", voici quelques procédés, des "clés", valables pour l’ensemble des Livres de la Bible (Ancien et Nouveau Testaments). Il n’est pas toujours nécessaire de les utiliser toutes, mais il est bon de suivre l’ordre proposé.

1ère clé - Le tétragramme sacré YHWH[1]

Le respect dû au Nom même de Dieu, le tétragramme sacré YHWH, est tel qu’on peut en déduire que ce mot n’est jamais employé sans intention. Or, il est présent dans la majorité des textes[2]. Porter son attention sur la façon dont il est présent permet souvent découvrir l’essentiel de l’enseignement porté par le texte.

La première démarche consiste donc à repérer le mot YHWH[3]. On s’interroge alors sur sa fonction grammaticale et on retient les cas où il est sujet d’un verbe ou complément d’objet. Quand YHWH est sujet, le verbe énonce une action faite par Dieu : quelle action et à l’égard de qui ? On voit quelle relation est ainsi établie. S’il est objet, c’est normalement un humain qui est sujet : quelle action peut-il faire dont Dieu soit objet ? Que pense Dieu de cette action ?

Ceci est la clé d’or qui ouvre la compréhension du texte ; Dieu parle dans la Bible pour révéler quelles relations il veut vivre avec son peuple et avec chaque homme et quel type de relations il refuse. Celles qui sont exposées dans un texte éclairent l’ensemble du texte.

Plus rarement un texte ne contient pas le Nom de YHWH. Souvent l’interprétation de cette absence de Dieu est celle-ci : "Voici comment les humains agissent quand Dieu n’est pas présent dans leur vie." Ou bien, Dieu se cache pour laisser l’homme agir en toute liberté.

2ème clé - Les personnages

A côté de YHWH, surtout dans les récits, d’autres personnages sont en scène. Vers eux maintenant on porte son attention. Si possible on souligne de couleurs différentes les noms des personnages, chaque fois qu’ils sont nommés en toutes lettres. Ne pas tenir compte des pronoms personnels.

Le principe d’un récit est de narrer comment un personnage vit des événements qui le transforment de telle sorte que sa situation (ou son état) finale n’est plus la même qu’au début. Ce personnage est celui dont le nom revient le plus souvent, le personnage principal. Normalement un second personnage intervient ; par ses actions, il opère la transformation du précédent. C’est donc celui dont le nom, dans le texte, est le plus souvent sujet d’un verbe d’action (sujet principal). Exceptionnellement, le même personnage tient les deux rôles ; il réalise lui-même sa propre transformation. Mais par quelles actions ?

Ayant relevé ces actions, on s’interroge alors sur le moment où bascule le récit c’est-à-dire à quelle phrase est signifié le passage de l’état initial à l’état final ; quelle action a produit le changement ? On tient la « pointe » du récit. Elle apparaît souvent vers le centre du texte, s’exprime en un seul verset (parfois moins), et donne son sens à l’ensemble du récit.

3ème clé - Les mots répétés

Les anciens ignoraient les procédés actuels qui permettent de mettre en relief un mot ou une idée : caractères gras, italiques, soulignement, etc... Ils obtenaient le même résultat en répétant le même mot ou la même racine plusieurs fois, trois ou sept ou même davantage. Il est certain qu’un traducteur accepte difficilement cette répétition du même mot ; il faut donc se référer au texte original, à tout le moins à une traduction qui soit le plus proche possible de l’original.

La répétition des mots (ou des racines) révèle au lecteur l’idée centrale du texte.

Ces trois clés sont fondamentales. En agissant ainsi (ce qui peut paraître quelque peu enfantin), le lecteur échappe au plus grave écueil qu’il puisse rencontrer, à savoir la lecture subjective. Qu’est-ce à dire ? Un lecteur ne peut rester passif face à ce qu’il lit : il réagit ; il est d’accord ou pas d’accord, il se scandalise ou admire. Ainsi se projette-t-il sans en avoir conscience dans le texte, au point de ne plus lire ce qui est écrit mais ce qu’il pense ! Une telle lecture est un obstacle absolu à l’authentique interprétation de l’enseignement porté par le texte.

4ème clé - Les doublons d’additions

On appelle "doublons" des phrases ou des membres de phrase qui se trouvent repris, identiques ou presque, à quelques versets (trois ou... trente !) d’intervalle.

Une "addition" est un ajout à un texte déjà rédigé ; son auteur a dû couper le texte primitif. Pour raccrocher le texte originel après l’addition qu’il a introduite, il reprend (il double) une partie de la phrase où il avait coupé. De telles additions ne sont pas rares ; les repérer permet de mieux saisir les divers niveaux rédactionnels d’un texte, c’est-à-dire les étapes successives de sa rédaction.

5ème clé - Les doublons d’inclusions

En face d’un très long texte, il n’est pas toujours facile de savoir comment le découper pour en faciliter l’étude. Or, souvent l’écrivain a lui-même indiqué les coupes au moyen de l’inclusion ; il a repris, au début et à la fin, des formules à peu près identiques.

L’inclusion permet donc de délimiter un ensemble, c’est-à-dire un tout complet regroupant un nombre plus ou moins important de versets ou de chapitres. Un ensemble contient tous les éléments nécessaires et suffisants pour travailler à l’interprétation d’un texte. Les traductions françaises négligent souvent cette clé de lecture.

6ème clé - Les chiasmes ou inclusions successives

La pensée sémitique se développe souvent par inclusions successives ; c’est une structure en chiasme, dite « en chandelier ». Elle se schématise ainsi : A B C D C’ B’ A’ ; l’ensemble se trouve découpé en sept branches qui se correspondent en inclusions A et A’, B et B’, C et C’ enfermant un centre D, qui est la « pointe », élément capital du texte vers lequel l’ensemble converge. A B C est la montée du texte, D en est le sommet et C’B’A’ la descente qui aboutit à l’état final. On met en évidence une telle construction à l’aide mots répétés (3ème clé). On remarque que le vocabulaire est identique dans les sections symétriques tandis qu’il diffère de celui de la section centrale (D).

Ce schéma théorique peut se développer sur un ensemble plus ou moins étendu A B C B’ A’. Il existe d’autres types de structures comme la structure en parallèles : A B C A’ B’ C’.

Il faut une recherche assez longue pour trouver la structure d’un ensemble. Mais c’est une "voie royale" pour entrer en vérité dans la signification du texte.

7ème clé - Une fausse clé : les non-dits

La Parole de Dieu se présente sous forme d’un texte écrit. Il ne faut donc jamais faire appel, pour une interprétation correcte, à des non-dits, à des idées qui ne sont ni exprimées ni positivement suggérées. Il faut se méfier d’introduire, comme élément d’explication, la psychologie des personnages là où rien n’est dit à ce sujet. Tout est dans le texte (ou le contexte) ; c’est là qu’il faut chercher et trouver les réponses aux questions qui se posent. En revanche, en raison de la cohérence qui existe entre les écrits de la Bible, on peut recourir à d’autres passages, surtout s’ils ont été rédigés antérieurement. Il n’est pas rare qu’un rédacteur renvoie implicitement à un livre déjà connu de ses destinataires.

[1] Dans le Nouveau Testament le tétragramme YHWH, mot hébreu, n’existe pas. Il a pour équivalent SEIGNEUR, mais, selon les textes, il est utile de faire aussi attention au mot DIEU (qui désigne souvent Dieu le Père) et au nom de JESUS.

[2] Dans les oracles prophétiques introduits par une expression telle que "Ainsi dit YHWH", on souligne les JE et surtout les MOI JE qui renvoient à YHWH.

[3] Les traductions françaises rendent YHWH par : Yahvé, Yhwh, ou le SEIGNEUR (TOB), ou l’Eternel. Il est pratique de le colorier en rouge pour la suite du travail.

Pierre Watremez, bibliste

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