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Pierre WATREMEZ

Abraham, père des croyants

Commentaire des chapitres 12 à 22 du livre de la Genèse

Association Vivre la Bible (2004)

4) Commentaire : Comment Yhwh conduit son élu. Troisième étape

Reste pour Abraham à remplir sa mission : En toi seront bénies toutes les familles du sol (12,3). Abraham ne sait pas bien en quoi cela consiste pour lui. La naissance d’Isaac est proche. Il faut qu’Abraham prenne la mesure de la confiance que Dieu lui porte. Dieu montre à Abraham le monde de péché, symbolisé par les villes de Sedom et Gomorrhe (thème prophétique) et les nations païennes symbolisées par Avimèlèk, roi des Philistins, Israël en diaspora et les chrétiens dans le monde (Jn 17,15-16).

Scène X. Yhwh et Abraham face à Sedom (Gn 18, 16-33)

16 Et les hommes se levèrent de là et ils contemplèrent sur la face [du côté] de Sedom et Abraham allant avec eux pour les renvoyer. 17 Et YHWH dit : "Recouvrirai-je à Abraham ce que je suis faisant ? 18 Et Abraham est étant pour être une nation grande et forte, et seront bénies en lui toutes les nations de la terre, 19 car je l'ai connu afin qu'il commande à ses fils et à sa maison après lui qu'ils gardent le chemin de Yhwh en faisant justesse et jugement, afin que YHWH fasse venir sur Abraham tout ce qu'il a parlé sur lui." 20 Et YHWH dit : "Le cri de Sedom et de Gomorrhe, oui, s'est multiplié et leur péché, oui, est très pesant. 21 Je descendrai donc et je verrai; si comme son cri* qui est venu vers moi ils font, ce sera la fin; sinon je connaîtrai." 22 Et les hommes firent face [se tournèrent] de là et ils allèrent à Sedom, et Abraham se tenant encore face à Yhwh.

23 Et Abraham s'avança et il dit : "Également feras-tu périr le juste avec le méchant ? 24 Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville, également les feras-tu périr et ne sup porteras-tu pas le [ne pardonneras-tu pas au] lieu en raison des cinquante justes qui sont en son sein ? 25 Loin de toi de faire comme cette parole-ci en faisant mourir le juste avec le méchant ! Ce sera : tel le juste, tel le méchant ! Loin de toi ! Celui qui juge toute la terre ne fera-t-il pas le jugement [ce qui est juste] ?" 26 Et YHWH dit : "Si je trouve en Sedom cinquante justes au milieu de la ville, je sup porterai tout le lieu à leur intention [eu égard à eux]."

27 Et Abraham répondit, et il dit : "Voici donc, je me suis mis à parler au Seigneur, moi, poussière et cendre. 28 Peut-être manqueront des cinquante justes cinq ? Ravageras-tu avec cinq toute la ville ?" Et il dit : "Je ne ravagerai pas si je trouve là quarante-cinq justes." 29 Et il continua encore à lui parler et il dit : "Peut-être se trouveront-ils là quarante ?" Et il dit : "Je ne ferai pas en faveur des quarante." 30 Et il dit : "Que ne s'enflamme donc pas la colère au Seigneur, et je parlerai. Peut-être se trouveront-ils là trente ?" Et il dit : "Je ne ferai pas si je trouve là trente." 31 Et il dit : "Voici donc, je me suis mis à parler au Seigneur. Peut-être se trouveront-ils là vingt ?" Et il dit : "Je ne ravagerai pas en faveur des vingt." 32 Et il dit : "Que ne s'enflamme donc pas la colère au Seigneur et je parlerai mais une seule fois. Peut-être se trouveront-ils là dix ?" Et il dit : "Je ne ravagerai pas en faveur des dix."

33 Et YHWH alla comme il avait fini de parler à Abraham. Et Abraham retourna à son lieu.

Les deux compagnons de Yhwh ont pris la direction de Sedom (v.16 et 22a), et Abraham se trouve seul face à Yhwh (v.22b). Comme toujours, Dieu prend l'initiative du dialogue. Il se souvient de la mission confiée à Abraham : En lui seront bénies toutes les nations de la terre. Il ne peut donc plus agir envers les pécheurs sans en référer à son lieutenant sur terre (thème messianique), d'autant que cela engage l'avenir de sa Maison qui fera droit et justesse (autre thème messianique). Dieu explique la raison de sa descente sur terre. Ce n'est pas seulement pour renouveler sa promesse, c'est aussi pour vérifier jusqu'où va le péché de l'humanité (thème prophétique).

Jusqu'au temps de l'exil (597-538), seul le péché des Fils d'Israël était dénoncé. Et tout châtiment divin ne pouvait être que global; il y avait la solidarité du peuple d'Israël; il y avait aussi la donnée historique. Quand Yhwh était en colère, il envoyait la guerre, la famine ou la peste, tous fléaux qui ne font pas le départ entre justes et pécheurs. C'est avec le prophète Ezékiel (594-550) qu'apparaît, dans la révélation divine, la "rétribution individuelle" :

C'est celui qui pèche qui mourra. Un fils ne portera plus la faute d'un père et un père ne portera plus la faute d'un fils. La justesse du juste sera sur lui et la méchanceté du méchant sera sur lui (Ez 18, 20).

C'est cette parole qu'Abraham se permet de rappeler à Dieu : feras-tu périr le juste avec le méchant... Celui qui juge toute la terre ne rendra-t-il pas la justice ?

Mais la question d'Abraham va plus loin : La présence de justes au milieu de pécheurs peut-elle obtenir le pardon des pécheurs ? Les justes peuvent-ils être un "paratonnerre" pour les méchants ? Cela, Ezékiel l'avait nié (Ez 14,14-16). Cela, Dieu le concède à Abraham. L'homme de foi peut agir sur le coeur de Dieu ! Mais combien faut-il de justes pour faire contrepoids ? Du nombre de cinquante, Abraham descendra jusqu'à dix et Yhwh acquiescera. Malheureusement, dix justes ne furent pas trouvés et Sedom fut détruite.

Combien y avait-il de justes en Sedom ? La suite du récit (Scène XI) donne à penser qu'il pouvait y en avoir quatre : Lot, sa femme et ses deux filles. En réalité, ce n'est pas là la vraie question : Peut-il exister un homme juste ? Y a-t-il un seul homme qui ne pèche pas ? dit Salomon dans sa prière (II Chr 6,36).

C'est ainsi que s'ouvre une nouvelle espérance. S'il existait un homme, un qui soit vraiment juste aux yeux de Dieu, il pourrait sauver tous les pécheurs.

C'est ce que déclarera le centurion païen au pied de la croix de Jésus : " Celui-là était Juste" (Luc 23,47) . Et St Paul complétera : ceux qui ont foi dans le Christ, en lui sont justifiés (Gal 2,1/Ro 3,23-24). Ainsi transparaît la mission première de la descendance d'Abraham, père de ceux qui ont foi en Jésus Christ : que les pécheurs justifiés par Dieu deviennent des intercesseurs en faveur de tous les autres pécheurs.

- On laisse de côté la scène XI (ch. 19) : Lot et ses filles. Abraham en est absent.

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Scène XII. Abraham et Avimèlèk. Sara (Gn 20, 1-18)

20  1 Et Abraham partit de là au pays du Nègèv et il demeura entre Qadesh et Shur, et il immigra à Gérar. 2 Abraham dit à [LXX. au sujet de] Sara, sa femme : "Elle est ma soeur. Et Avimèlèk, roi de Gérar envoya et il prit Sara. 3 Et Dieu [un dieu ?] vint vers Avimèlèk, en songe la nuit, et il lui dit : "Te voici mort ! au sujet de la femme que tu as prise ; elle est mariée à un mari !" 4 Avimèlèk ne s’était pas approché d’elle. Il dit : " Seigneur, la nation juste aussi tueras-tu ? 5 Ne m’a-t-il pas dit : "Elle est ma soeur", et elle aussi, elle m’a dit : "Il est mon frère". Dans la sincérité de mon coeur et dans l’innocence de mes paumes j’ai fait ceci." 6 Et le dieu lui dit, en songe : "Moi aussi, j’ai connu que dans la sincérité de ton coeur tu as fait ceci, et je t’ai préservé, moi aussi, de pécher envers moi. C’est pourquoi je ne t’ai pas donné de la toucher. 7 Maintenant, fais retourner la femme de l’homme, car il est prophète, et il priera en faveur de toi et tu vivras. Si tu ne la fais pas retourner, connais que de mort tu mourras, toi et tout ce qui est à toi." 8 Et Avimèlèk se leva tôt au matin et il appela tous ses serviteurs et il parla toutes ces paroles dans leurs oreilles et les hommes craignirent beaucoup.

9 Et Avimèlèk appela Abraham et il lui dit : "Que nous as-tu fait ? En quoi ai-je péché contre toi que tu aies fait venir sur moi et sur mon royaume un grand péché ? Des actions qu’on ne fait pas tu as faites auprès de moi !" 10 Avimèlèk dit à Abraham : "Qu’as-tu vu que tu m’aies fait cette chose-ci ?" 11 Et Abraham dit : " C’est que je me disais : Il n’est que nulle crainte de Dieu en ce lieu-ci et ils me tueront au sujet de la chose [à propos de] de ma femme. 12 En vérité, elle est aussi ma soeur, fille de mon père, mais non fille de ma mère, et elle est aussi pour moi pour femme. 13 Et ce fut comme des dieux m’avaient égaré [= fait errer] loin de la maison de mon père je lui ai dit : C’ est ta grâce que tu feras auprès de moi : vers tous les lieux où nous viendrons, dis de moi : il est mon frère ".

14 Et Avimèlèk prit des ovins et des bovins et des serviteurs et des domestiques, et il les donna à Abraham. Et il lui fit retourner Sara, sa femme. 15 Et Avimèlèk dit : "Voici mon pays est face à toi ; où c’est bon à tes yeux, demeure." 16 Et à Sara, il dit : "Voici, j’ai donné mille pièces d’argent à ton frère ; voici, c’est pour toi une couverture [un voile] de tes yeux près de tous ceux qui sont près de toi, et près de tous tu seras présentable [justifiée, réhabilitée ( ?)]." 17 Et Abraham pria vers le dieu et Dieu guérit Avimèlèk et sa femme et ses servantes et elles enfantèrent. 18 Car YHWH, empêchant, avait empêché toute matrice à la maison d’Avimèlèk, sur la chose [à propos] de Sara, femme d’Abraham.

Abraham quitte les "Chênes de Mamré" pour le pays des Philistins, symbole du monde des nations. C’est là que naîtra Isaac. Mais aussi, Yhwh ne se fera plus voir à Abraham ; il ne lui parlera plus. Même le Nom de Yhwh est rare (20,18/ 21,1/ 22,14). Les païens ne le connaissent pas ; on parlera simplement de Dieu. La foi d’Abraham est devenue adulte ; il n’a plus besoin de voir. Le moment est venu pour lui d’agir en faveur des nations.

La scène XII n’est pas sans rappeler la scène II (en Egypte). et la situation semble identique, mais aujourd’hui Sara est enceinte. Abraham ressemble beaucoup à Abram. Bien que devenu familier de Dieu, son fond naturel persiste. Mais attention, la signification de cette scène est bien différente. D’abord, son invraisemblance est évidente. Sara n’est plus une jeunesse ! Si Abraham la présente comme sa soeur ce n’est plus pour s’enrichir, c’est en raison du jugement qu’il porte à l’égard des païens : Je me disais : Il n’y a pas de crainte de(s) dieu(x) en ce lieu-ci et ils me tueront (v.11). Il craint pour sa vie, ce qui montre les limites de sa foi, mais qui le lui reprocherait ? Pas même Dieu, lui qui sait faire sortir le bien du mal, la vie de la mort.

On peut imaginer Avimèlèk, la nuit, couché auprès de Sara. Dieu vient pour lui dire en songe : Te voici mort ! C’est ainsi que Yhwh communique avec les prophètes d’Israël. Avimèlèk répond : Seigneur,tueras-tu aussi la nation juste  ? J’ai fait ceci dans la sincérité de mon coeur.

C’est avec le païen que maintenant Dieu dialogue. Dieu l’a préservé du péché (en le rendant impuissant) ; qu’il rende sa femme à l’homme car Abraham est prophète, il priera pour toi et tu vivras.

L’attitude d’Abraham le croyant est odieuse et méprisable, celle d’Avimèlèk l’incroyant pleine de sincérité. Un homme d’apparence honnête l’a trompé, et cet homme est un prophète ! On s’attendrait à une condamnation d’Abraham. Ce récit est déconcertant. C’est Abraham le pécheur qui va prier pour Avimèlèk l’homme honnête. Que veut donc nous enseigner ce récit ?

Quoique pécheur, Abraham est serviteur de Dieu, il est même son porte-parole ; c’est par lui que Dieu veut apporter sa bénédiction aux nations. Nous, nous aimerions voir Abraham puni par Dieu. Dieu regarde d’abord le salut du pécheur. Quand la Bible trace le portrait du messie - l’homme que Dieu choisit pour sauver son peuple -, elle propose David et ne cache pas les faiblesses de l’homme.

Les faveurs divines peuvent passer même à travers un serviteur de Dieu pécheur, heureusement. C’est bien cela que l’Église enseigne à propos des sacrements : le pardon de nos péchés vient par l’intercession d’un homme pécheur ! Abraham reste un homme et la Bible tient à nous le montrer. Comment Dieu va-t-il manifester sa faveur à Avimèlèk, la suite du récit le dira.

Aujourd’hui, Avimèlèk se leva tôt. - c’est-à-dire sans attendre - il met ses serviteurs au courant et convoque Abraham pour lui dire ce qu’il pense de sa conduite. Abraham tente de se justifier et Avimèlèk rend Sara.

Le récit insiste sur la générosité d’Avimèlèk. Il offre des ovins et des bovins, des serviteurs et des domestiques (cf. 12,16), et propose à Abraham de s’installer dans son pays... cadeau de bienvenue ou réparation de son erreur ? Il donne même à ce "frère" de Sara (noter l’ironie) mille pièces d’argent pour couverture de tes yeux, sans doute afin que Sara ne soit pas déshonorée aux yeux de son entourage, renvoyée comme une femme de rien. Abraham a renoncé à chercher les richesses. Elles lui viennent en action de grâce de son ministère. Toujours est-il que le païen fait meilleure figure que le père des croyants.

Pauvre " prophète de Dieu ", Abraham le justifié ! A sa prière Dieu guérit Avimèlèk et toute sa maison. Le texte suggère que Dieu avait rendu Avimèlèk impuissant et les femmes de sa maison stériles en raison de la présence de Sara. Il ne faut pas considérer cela comme un châtiment mais seulement comme un "signe" du dieu qui veut faire vivre.

L’homme justifié mais pécheur remplit sa mission, ce qui ne veut pas dire qu’on ne lui en demandera pas compte. Là n’est pas la perspective du rédacteur.

On se souviendra que, dans la Bible, la mort est d’abord la séparation d’avec Dieu, et la vie, la réalisation de la relation intime entre Dieu et l’homme.

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Scène XIII. Yhwh et Sara. Abraham et Agar et Ishmaël (Gn 21, 1-21)

21  1 Et YHWH visita Sara comme il avait dit et YHWH fit pour Sara comme il lui avait parlé. 2 Et Sara conçut et enfanta à Abraham un fils à sa vieillesse, au moment fixé que lui avait parlé Dieu. 3 Et Abraham appela le nom de son fils, qui lui avait été enfanté, que Sara lui avait enfanté, : Isaac. 4 Et Abraham circoncit Isaac, son fils, fils de huit jours, comme Dieu lui avait commandé. 5 Abraham était fils de cent ans quand lui fut enfanté Isaac, son fils.

6 Et Sara dit : " C’est une risée que Dieu a fait de moi ! quiconque entendra rira de moi." ! Et elle dit : "Qui aurait raconté à Abraham : "Sara fera téter des fils ?" car j’ai enfanté un fils à sa vieillesse."

8 Et l’enfant grandit et il fut sevré. Et Abraham fit un grand banquet au jour où il sevra Isaac. 9 Sara vit le fils qu’Agar l’Égyptienne avait enfanté à Abraham, riant. 10 Et elle dit à Abraham : "Chasse cette servante-ci et son fils, car le fils de cette servante-ci ne doit pas posséder avec mon fils, avec Isaac." 11 Et la parole fut très mauvaise aux yeux d’Abraham rapport à son fils. 12 Et Dieu dit à Abraham : "Que ne soit pas mauvaise à tes yeux sur le jeune et sur ta servante ; tout ce que te dit Sara, écoute sa voix, car en Isaac te sera appelée une descendance. Et aussi le fils de la servante je le mettrai pour nation, car il est ta descendance " .

14 Et Abraham se leva tôt au matin et il prit du pain et une outre d’eau et les donna à Agar, les mettant sur son épaule, et l’enfant, et il la renvoya. Et elle alla et s’égara [erra] dans le désert de Beèr-Shèva. 15 Et l’eau de l’outre finit ; et elle jeta l’enfant sous un des arbustes. 16 Et elle alla et s’assit hors de sa présence, loin comme la portée d’un arc, car elle se disait : "Que je ne vois pas la mort de l’enfant."

Et elle s’assit hors de sa présence et elle porta [éleva] sa voix et pleura. 17 Et Dieu entendit la voix du jeune ; et l’Ange de Dieu appela Agar du haut des cieux, et il lui dit : "Qu’as-tu, Agar ? Ne crains pas, car Dieu a écouté la voix du jeune, là où il est. 18 Lève-toi, porte le jeune et tiens ferme ta main en lui car pour une grande nation je le mettrai." 19 Et Dieu ouvrit ses yeux et elle vit un puits d’eau et elle alla et remplit l’outre d’eau et abreuva le jeune. 20 Et Dieu fut près du jeune, et il grandit et il demeura dans le désert et il fut tireur d’arc. 21 Et il demeura dans le désert de Paran et sa mère prit pour lui une femme du pays d’Egypte.

La première partie concerne Isaac, la seconde Ishmaël.

Isaac (v.1-7).

Yhwh est fidèle à sa promesse. Sara met au monde Isaac, et Abraham obéit à la parole de Dieu, il circoncit son fils le huitième jour après sa naissance.

Le récit est construit de telle sorte que la naissance d’Isaac a lieu au pays d’Avimèlèk, en terre païenne. Il n’est pas dit que la proposition du roi de s’installer dans son pays a été acceptée, mais le contexte invite à le penser (21,22). D’ailleurs le nom de Yhwh n’apparaît pas ici. Mais comment la bénédiction de Dieu arriverait-elle aux nations si la descendance d’Abraham vivait à l’écart des nations ?

L’attitude de Sara est plus décevante ; elle reste toujours ce qu’elle était, tournée vers elle-même. Remerciera-t-elle Dieu d’avoir accompli sa promesse. Elle dit : Tous vont me montrer du doigt et faire de moi un objet de raillerie. Le verbe rire est repris deux fois ! Sara semble même associer son mari à sa situation : " J’ai enfanté un fils à sa vieillesse".

Isaac a trois ans ; Sara réalise soudain qu’Ishmaël est le fils premier-né, c’est lui qui détient les droits d’aînesse ; Ishmaël devient à ses yeux un concurrent d’Isaac, presque un usurpateur ; il faut le faire disparaître. Elle exige d’Abraham son renvoi. On comprend la tristesse du père. Mais Dieu dit à Abraham de satisfaire à l’exigence de sa femme. Pourquoi ? C’est qu’en raison de la mission que Dieu lui a confiée, il doit se détacher de tout ce qui pourrait l’en détourner. Il a déjà dû renoncer aux richesses, se séparer de son neveu Lot. Il a même quitté Mamré, le pays promis à sa descendance. Il lui faut aussi se séparer de son premier enfant. Yhwh avait bien dit à Abraham de tout quitter. C’était même la première parole qu’il lui avait adressée (Gn 12,1). Il doit même se séparer de Sara. C’est ce que veut faire comprendre le rédacteur qui l’efface des récits suivants ; elle n’y réapparaîtra que morte (23,1-2). Elle a été l’instrument de l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, mais elle n’en a jamais été partie prenante pour l’avenir. Elle n’est pas la "mère des croyants" !

Les féministes crieront à l’injustice. Qu’ils relisent le comportement de Sara tout au long de ces chapitres et ils constateront le type de relation qu’elle a eu avec Yhwh (voir pages 7-9) ! Ce n’est pas en raison de sa féminité, que Sara reste à l’écart, puisqu’Agar reçoit la protection divine, c’est en raison de son "égocentrisme". Elle joue dans le récit le rôle de "faire-valoir" pour Abraham. Ailleurs, la Bible sait souvent montrer la femme en première place dans le plan de salut, depuis Anne, mère de Samuel, jusqu’à Marie, mère de Jésus.

Ishmaël (v.8-21)

Le sort d’Ishmaël a déjà été assumé et assuré par Dieu à travers l’intervention de l’Ange de Yhwh (17,10-12). Dieu le redit à Abraham (v.13). Il n’oublie pas son premier enfant, ni Agar sa mère. Il voit la détresse de la maman et envoie son Ange pour la réconforter et lui donner la vie : il ouvre ses yeux et elle voit le puits d’eau. Dieu fut auprès du jeune, ou mieux : avec le jeune. Si Dieu a choisi Abraham, puis Isaac, ce n’est pas pour négliger ceux qui ont entouré leur mission. Mais à chacun la place à laquelle Dieu l’a destiné. Ishmaël grandira dans le désert et sa mère lui donnera une femme de son pays, l’Egypte.

Et Abraham s’exécute à contre-coeur, suggère le récit. Pourtant, sans le savoir, l’exigence de Sara entre dans le plan de Dieu : c’est en faveur d’Isaac que Dieu a fait la promesse, le fils né d’une intervention explicite de Dieu. Dans la Bible, les femmes déclarées stériles enfantent, de par la décision expresse de Yhwh. Tout enfant né d’une femme stérile occupera une place capitale dans le déroulement du plan de salut de Dieu.

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Scène XIV. Abraham chez Avimèlèk (Gn 21, 22-34)

22 Et ce fut, en ce temps-là, Avimèlèk dit, - et Pikol, chef de sa troupe - à Abraham, en disant : "Dieu est avec toi en tout ce que tu fais 23 Et maintenant, fais-moi serment par Dieu. Voici, malheur à toi si tu mens à moi et à ma race et à ma postérité ! Comme la grâce que j’ai faite avec toi, tu feras auprès de moi et avec le pays où tu as immigré." 24 Et Abraham dit : "Moi, je fais serment."

25 Abraham réprimanda Avimèlèk par rapport à un puits d’eau qu’avaient spolié les serviteurs d’Avimèlèk. 26 Et Avimèlèk dit : "Je n’ai pas connu qui a fait cette chose-ci et toi aussi tu ne me l ’as pas révélé et moi aussi je n’ai pas entendu, excepté aujourd’hui." 27 Et Abraham prit des ovins et des bovins et il les donna à Avimèlèk et ils tranchèrent, eux deux, une alliance. 28 Et Abraham fit se dresser sept agneaux d’ovins, à part. 29 Et Avimèlèk dit à Abraham : "Que sont ces sept agneaux que voici que tu as fait se dresser à part ?" 30 Et il dit : "Oui, les sept agneaux, tu les prendras de ma main dans l’intention que ce soit pour moi un témoignage que j’ai creusé ce puits-ci." 31 C’est pourquoi il appela ce lieu-là Beèr-Shèva [Puits du serment], car là ils firent serment, eux deux. 32 Et ils tranchèrent une alliance à Beèr-Shèva. Et Avimèlèk se leva - et Pikol, chef de sa troupe - et ils retournèrent au pays des Philistins. 33 Et il [Abraham ou Avimèlèk ?] planta un tamaris à Beèr-Shèva et il appela là le Nom de Yhwh : El Olam. [El de toujours].

34 Et Abraham fut immigré au pays des Philistins des jours nombreux.

Abraham est toujours chez Avimèlèk. A la scène XII, il avait l’initiative (20,2), ici c’est Avimèlèk qui prend la parole pour s’adresser à Abraham. Il l’a regardé vivre auprès de lui, et il l’a observé et lui dit : Dieu est avec toi en tout ce que tu fais (thème messianique). Il demande à Abraham de s’allier à lui par serment pour qu’il bénéficie, lui aussi, de la bénédiction divine.

Abraham a enfin l’occasion d’accomplir personnellement la mission à lui confiée et à sa descendance. Dieu lui donne d’en voir les prémices. Et Abraham s’engage par serment.

Les circonstances de cette alliance peuvent paraître tout humaines : une dispute à propos d’un puits creusé par Abraham et spolié par les serviteurs d’Avimèlèk.

En signe d’alliance, Abraham donne à Avimèlèk du petit et du gros bétail ; il met à part sept agneaux qui seront témoins que ce puits appartient bien à Abraham. C’est ainsi qu’ ils firent serment, eux deux, et conclurent alliance. Le récit met en oeuvre un jeu de mots : le chiffre sept (3 fois) se dit shèv’ah en hébreu et le verbe shava’ signifie faire serment (3 fois). Sachant que puits se dit beér, ainsi est expliquée l’origine de la ville de Beèr-Shèva (3 fois). Ce sont des subtilités littéraires fréquentes dans la Bible.

Ce récit s’achève sur trois versets que voici :

32. Et ils (Abraham et Avimèlèk) conclurent alliance à Beèr-Shèva. Et Avimèlèk se leva, lui et Pikol, le chef de sa troupe, et ils retournèrent au pays des Philistins. 33. Et il planta un tamaris à Beèr-Shèva. et il invoqua là le Nom de Yhwh : "El de toujours". 34. Et Abraham fut immigré au pays des Philistins des jours nombreux.

En signe de l’alliance, il planta un tamaris à Beèr-Shèva. Qui a planté cet arbre ? La tradition juive, comme la traduction grecque, ont pensé qu’il s’agissait d’Abraham, c’est lui qui toujours a invoqué le Nom de Yhwh. De plus, le verset 32 signale qu’Avimèlèk et Pikol sont retournés au pays des Philistins. Abraham reste donc seul à Beèr-Shéva, où il plante un tamaris comme signe de l’alliance conclue, alliance qui lui reconnaissait la propriété du puits.

Toutefois, ne peut-on attribuer à Avimèlèk la plantation du tamaris ? Jusque là, il n’a accompli aucun rite d’alliance ; et la plantation d’un arbre relève plutôt de la religion cananéenne. De plus, une telle finale répond mieux à la demande initiale (v.22). Abraham avait intercédé auprès de Yhwh en faveur d’Avimèlèk (20,17) qui avait demandé de bénéficier de la protection de ce Dieu (21,22-23). L’arbre devient alors le témoin du choix qu’il a fait du Dieu éternel.

Avimèlèk serait ainsi le premier païen à se prosterner devant Yhwh. Cette interprétation demande que l’on traduise le verset 33 ainsi : Il avait planté et il avait appelé, - ce que permet le verbe hébreu à l’accompli .

Il est vrai que la plantation n’est mentionnée qu’après le départ des "Philistins", mais c’est afin que le récit s’achève sur Abraham contemplant l’œuvre de son Dieu. En partageant la vie des nations, en apaisant une querelle, il avait conduit un roi païen à rendre un culte à Yhwh. Ce n’était pas encore un geste de foi. C’était celui d’un homme religieux, comme l’était Abram lorsque Yhwh l’avait appelé.

Les puits ont toujours une importance capitale dans les régions de déserts. mais aussi dans les récits bibliques... C’est là que les femmes vont chaque jour puiser l’eau et que les jeunes gens tentent d’y contracter alliance, de Rébecca, femme d’Isaac (24,11-14) à la femme de Samarie (Jn 4,6-7).

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Scène XV. Abraham fait monter Isaac vers Yhwh (Gn 22, 1-19)

22  1 Et ce fut après de telles choses, le dieu mit à l’épreuve Abraham ; il lui dit : " Abraham !" Et il dit : "Me voici !" 2 Et il dit : "Prends donc ton fils, ton unique, que tu aimes, Isaac, et va pour toi au pays de Moriyya et fais-le monter là pour montée sur l’une des montagnes que je te dirai." 3 Et Abraham se leva tôt au matin et il bâta son âne et il prit ses deux jeunes près de lui et Isaac son fils ; et il fendit les bois de la montée et il se leva et alla au lieu que lui avait dit le dieu.

4 Au troisième jour, Abraham porta ses yeux et il vit le lieu de loin. 5 Et Abraham dit à ses jeunes : "Demeurez pour vous ici avec l’âne, et moi et le jeune nous irons jusqu’ici et nous nous prosternerons et nous retournerons vers vous." 6 Et Abraham prit les bois de la montée et les mit sur Isaac, son fils, et il prit en sa main le feu et le couteau et ils allèrent, eux deux ensemble. 7 Et Isaac dit à Abraham, son père, et il dit : "Mon père." - Et il dit : "Me voici, mon fils !" Et il dit : "Voici le feu et les bois, où est l’agneau pour la montée ?" 8 Et Abraham dit : "Dieu verra pour lui l’agneau pour la montée, mon fils." Et ils allèrent, eux deux ensemble.

9 Et ils vinrent au lieu que lui avait dit le dieu, et Abraham bâtit l’autel et il arrangea les bois et il lia Isaac, son fils, et il le mit sur l’autel, au-dessus pour les bois. 10 Et Abraham envoya sa main et il prit le couteau pour immoler son fils. 11 Et l’Ange de Yhwh appela du haut des cieux et il dit : "Abraham ! Abraham !" Et il dit : "Me voici !" 12 Et il dit : "N’envoie pas ta main vers le jeune et ne lui fais pas quoi que ce soit, car maintenant j’ai connu que tu es craignant Dieu et que tu n’as pas préservé ton fils, ton unique, de moi."

13 Et Abraham porta ses yeux et il vit ; et voici un bélier, derrière, tenu fermement par un fourré par ses cornes, et Abraham alla et prit le bélier et il le fit monter pour montée en échange de son fils. 14 Et Abraham appela le nom de ce lieu-là : YHWH Yirèh, qui est dit aujourd’hui : "Sur la montagne YHWH est vu."

15 Et l’Ange de Yhwh appela Abraham une seconde fois duhaut des cieux 16 et il lui dit : "Par moi, j’ai fait serment, - oracle de Yhwh - que, puisque tu as fait cette chose-ci, et que tu n’as pas préservé ton fils, ton unique, 17 oui, bénissant, je te bénirai et multipliant, je multiplierai ta descendance comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur la rive de la mer, et ta descendance possédera la porte de ses ennemis 18 et se béniront en ta descendance toutes les nations de la terre en retour de ce que tu as écouté ma voix."

19 Et Abraham retourna vers ses jeunes et ils se levèrent et ils allèrent ensemble à Beèr-Shèva. Et Abraham demeura à Beèr-Shèva.

20 Et ce fut après ces choses, fut révélé à Abraham, en disant : "Voici, Milka a enfanté, elle aussi, des fils à Nahor, ton frère : 21 Huç, son premier-né, et Buz, son frère, et Qemuel, père d’Aram, 22 et Kèsèd et Hzon, Pildash et Yidlaph et Bétuël. 23 Et Betuël enfanta [crr. fit enfanter] Rivqa [= Rebecca Vache ]. 24 Tels furent les huit qu’enfanta Milka à Nahor, frère d’Abraham. ; 24 Et sa concubine - son nom est Rôma - enfanta, elle aussi, Tabah et Goham et Tahash et Maaka.

Cette scène achève la Geste d’Abraham. Pour accomplir sa mission, Abraham avait dû accepter un dépouillement progressif de la vie d’Abram. Dieu va lui demander le détachement suprême. S’il lui avait donné Isaac, c’était pour l’avoir à son service, comme descendance d’Abraham.

On reconnaît ici le thème de Samuel. Anne, la femme stérile demande à Yhwh d’avoir un fils, disant à Yhwh : " Si tu me donnes un garçon, si tu accèdes à mademande, je comprendrai que c’est toi qui me le demandes". Samuel naîtra, il deviendra le premier prophète de Yhwh et Anne s’effacera, sa mission accomplie. Le rédacteur de ce chapitre a suivi la même trame, en s’appuyant sur des textes antérieurs et en dramatisant le récit.

Pour bien saisir l’enseignement du récit, il faut porter son attention d’abord sur l’utilisation du mot DIEU et sur celui de MONTÉE. La MONTÉE traduit littéralement le mot hébreu ’olah, geste qui consiste à "faire monter".(7 fois dans le récit). Pour faire monter vers Dieu, la religion ancienne le réalisait en brûlant totalement la victime, d’où le mot grec d’ holocauste.

Depuis qu’Abraham est en pays païen, le mot DIEU a été constamment employé. Le récit commence par LEDIEU, la divinité, mitAbraham à l’épreuve. Cette divinité n’est pas nécessairement Yhwh. Le rédacteur sait jouer entre "le dieu" et "Dieu". Les traductions courantes négligent souvent ce "détail" ! Il est probable que ce récit a une origine indépendante. Il partait d’une étiologie sur le nom de "Yhwh Yirèh" et était destiné à montrer que Yhwh ne voulait pas de sacrifice humain. Le rédacteur de la Genèse l’a adapté au nouveau contexte, la "montée" d’Isaac vers Dieu. L’offrande des premiers-nés était un rite invétéré dans la religion cananéenne et les Fils d’Israël le pratiquèrent jusqu’à leur déportation à Babylone, cela en dépit de l’enseignement des prophètes.

La demande du dieu n’a donc en soi rien d’impensable pour Abraham, sinon un légitime étonnement. Comment Yhwh, qui lui avait fait attendre si longtemps cet enfant, qui l’avait fait enfanter par une femme stérile, pouvait-il exprimer une telle exigence ?

Le dieu dit donc à Abram de prendre son fils, son unique, celui qu’il aime, Isaac. Désormais, Isaac est bien son unique fils puisque Ishmaël a été renvoyé, avec l’approbation de Dieu. Il n’avait pas été dit qu’Isaac était celui qu’Abraham aimait. C’est le rédacteur qui l’ajoute pour dire que celui qui est au service de Dieu doit offrir ce qu’il aime.

L’événement est situé au temps des Pères, avant le don de la Tôrah à Moïse. Ainsi Abraham peut-il croire qu’il s’agit d’immoler son fils pour le brûler "en parfum d’agréable odeur" à la divinité" (Gn 8,20-21). Son obéissance à Yhwh est mise à rude épreuve. Cependant il répond au dieu : "Me voici".

Il ira au pays de Moriyya, lieu inconnu - et c’est sans doute intentionnel - mais en dehors de la Terre Promise, au milieu des nations, - en Galilée, dirait l’Évangile. - Il est vrai que les Juifs l’ont identifié avec la montagne du temple à Jérusalem (II Chr 3,1) et les chrétiens avec le Calvaire. C’est là qu’Abraham fera monter son fils "en montée" vers Dieu.

Il part donc avec son fils, accompagné de deux jeunes et un âne portant le matériel. Quand il approche du lieu de l’offrande, de la "montée", il laisse ses compagnons, charge le bois sur son fils ; lui-même tient en main le couteau et le feu. Isaac interroge son père : "Où est l’agneau". Et Abraham de répondre : "Dieu verra pour lui l’agneau (qu’il veut) pour la montée, mon fils" (le mot fils se trouve 7 fois dans le récit). Et l’on prépare l’autel, le bois. Isaac est lié comme la victime d’un sacrifice.

Au moment de l’immolation, ce n’est pas le dieu qui intervient, c’est Yhwh. Par son Ange, il interrompt un rite que lui, un dieu pas comme les autres, n’avait jamais demandé, et dont il avait horreur. Il n’avait même pas pu imaginer un tel acte, fait-il dire par les prophètes (Jr 7,31).

L’Ange de Yhwh du haut des cieux appelle Abraham (comme au v.1) et Abraham répond : "Me voici" (comme au v.1). Ce qu’Abraham allait faire par obéissance, ce n’était pas cela que YHWH avait demandé. Abraham avait montré qu’il craignait Dieu (sans article, expression traditionnelle dans la Bible pour exprimer respect et obéissance à Yhwh), mais Dieu ne voulait pas la mort d’Isaac, l’agneau (en grec probaton), il voulait Isaac pour lui, à son service.

Ce mot est employé pour désigner l’agneau pascal (Ex 12,3-5), mais surtout pour désigner le "troupeau dont Yhwh est le berger", c’est-à-dire le peuple de Dieu (Ez 34,17-23 = Mt 9,36/10,6... 25,32 etc...Jn 10,2-27/21,16-17/I P 2,25) ainsi que le "serviteur souffrant" (Es 53,7 cf. AA 8,32).

Dans le Nouveau Testament, l’Agneau est désigné par le motajmnoi en Jean 1,29.36/AA 8,32/I P 1,19 (cf. Es 53,7) où il est en parallèle avecprobaton ou bien ajrnion (Jn 21,15 en parallèle à probaton et partout dans l’Apocalypse. Le mot ajrhn ne se trouve qu’en Luc 10,3. Dans l’Exode, l’agneau pascal est désigné en 12,5 par ajmnoi(manuscrit A) ou parajrhn (manuscrit B). Dans Ezékiel, l’Agneau des sacrifices est désigné par ajmnoi pour rendre l’hébreu khèvèsh.

Immoler Isaac, l’Agneau selon Ezékiel, ce serait mettre à mort le serviteur de Yhwh ou même tout le peuple de Dieu auquel il doit donner naissance. Et le temps n’est pas encore venu d’immoler le serviteur de Yhwh, non plus que le véritable Agneau Pascal. Le bélier, animal habituel des sacrifices solennels fera bien l’affaire. En souvenir de l’événement, Abraham donne un nom à la montagne : "Yhwh voit". C’est quand Yhwh ne se fait plus voir qu’Abraham, père des croyants, proclame que "Yhwh voit", sans complément. Cette dernière parole d’Abraham invite à la méditation.

Une seconde fois l’Ange-prophète (- oracle de Yhwh -) appelledu haut des cieux et renouvelle la grande promesse pour la descendance et la bénédiction des nations. Yhwh fait serment (comme en écho au serment d’Abraham à Avimèlèk (21,24) : sa descendance sera innombrable, elle sera victorieuse sur ses ennemis, les puissances du Mal (thème messianique) ; et par l’intermédiaire de cette descendance, toutes les nations de la terre trouveront la bénédiction de Dieu.

Saint Paul insistera sur ce mot descendance mis au singulier :

A Abraham ont été dites les promesses et à sa descendance. On ne dit pas "Et aux descendances" comme pour plusieurs, mais comme pour un seul : "A ta descendance, c’est Christ" (Gal 3,16).

Sur ce serment de Yhwh, Abraham et ses deux jeunes rentrent alors à Beèr-Shèva. Isaac n’est plus là. Dieu l’a "fait monter" vers lui. Son père ne le reverra plus.

La Bible ne le fera réapparaître que bien plus tard, lorsque Rébecca, la femme que Yhwh lui a choisie, viendra vers lui : Isaac fit venir Rébecca à la tente de sa mère et il prit Rébecca et elle lui fut sa femme et il l’aima (24,67) . C’est le premier amour humain qui est mentionné dans la Bible : l’amour du mari pour sa femme.

La descendance d’Abraham est désormais assurée. Dieu avait conduit Abraham là où il voulait pour que toute l’humanité fût sauvée.

Abraham, Père des croyants. Tout croyant est appelé par Dieu à coopérer au salut de l’humanité. Le récit biblique nous enseigne le cheminement de tous ceux que le Seigneur appelle à la foi, c’est-à-dire à la confiance et à l’amitié avec lui, afin de savoir lui offrir ce qui nous est le plus cher. Offrir à Dieu, ce n’est pas mettre à mort, c’est donner gratuitement. A chacun de répondre.

Pierre Watremez, bibliste

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